15 mars, fin de la trêve hivernale : le témoignage de Mohamed

Publié le par CCIE

 

15 Mars : Fin de la trêve hivernale.

Avec le Printemps, c'est le retour aux expulsions et plus aucun lieu d'accueil de nuit pour les Sans Abri les plus marginalisés qui ne sont pas admis dans les Centres d'hébergement d'urgence pour différentes raisons :

Sans abri avec addictions, ceux avec des animaux, les nombreux couples et tous ceux qui ne rentrent pas dans les critères draconiens définis par des règlements non adaptés, notamment pour les moins de 25 ans contraints de se réfugier dans des squats.  (25 % des sans abri ont moins de 25 Ans).

Comme chaque année, des représentants du Collectif sont allés passer un moment chaleureux avec les Sans Abri à la ‘Villa Médicis’, nom donné au Centre d'hébergement et de Réinsertion Sociale gérée par CASA (Collectif d'Action des Sans Abri) qui gère aussi le dispositif ‘Accueil de Nuit' pendant la période hivernale (cet hiver, du 1er Novembre 2011 au 15 Mars 2012).

Voici le témoignage de Mohamed, jeune militant dans notre collectif :

 Mercredi 22 février, il est 21 heures. Comme convenu, nous nous rendons dans les locaux de CASA ,   dans une salle  transformée pour la nuit de près de 50 M2 (machine à laver, lieu de restauration – collations - sanitaires et ordinateurs compris) !

 Dès notre arrivée, et lorsqu’on pénètre à l’intérieur, c’est un peu de clarté qui nous apparaît. Ce soir là, un atelier de peinture avec une animatrice se déroule. Certains des Sans Abri venus se mettre à l'abri y participent. Une vingtaine de personnes sont présentes.

Un vrai lieu de vie avec ses occupants. C’est ponctuel, car dès 23H30 seul 8 personnes pourront passer la nuit ici jusqu'à 8 heures le lendemain, où ils rejoindront la rue.

En attendant, tout le monde vaque à ses occupations. Certains profitent de leur temps pour se reposer un peu et dorment sur une chaise. D’autres prennent une collation, d'autres lavent leur linge. Certains prennent une douche.  C’est animé, les discutions vont bon train.

Une triste réalité, car ne l’oublions pas, toutes ces personnes errent toute la journée dans la rue.

En discutant avec l’équipe de travailleurs, nous nous rendons un peu plus compte de la portée d’un lieu d’accueil comme CASA, qui outre l'accueil de nuit, gère un CHRS  (centre d'hébergement de Réinsertion  sociale), le seul sur Avignon  à accueillir les Sans Abri sans condition, et qui est donc le seul  à appliquer la loi obtenue par la mobilisation des Enfants de Don Quichotte au printemps 2008.

En effet, plus qu’une simple mission ponctuelle, le rôle de CASA est de renouer ou de créer un lien de longue durée dans un processus de stabilisation. C’est aussi celui d’effectuer un travail, un travail de fourmi.

Ce qu’il faut avant tout en ces lieux, c’est de pouvoir ramener le plus de personnes possible vers une vie des plus commune. C’est une tâche ardue que tente de mener à bien les travailleurs sociaux.

Cela peut passer par des parcours de réinsertion via un logement, la prise en charge et la lutte contre les addictions des personnes qui le nécessitent. Pourquoi pas, un jour, pour ces personnes, vivre « comme tout le monde » ! C’est quelquefois long d’en arriver là, mais il faut bien commencer quelque part.

On nous indique que dès le lendemain, un jeune va se voir proposer un logement et un suivi. C’est un jeune qui vit une situation délicate et qui bénéficie de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH). Croisons les doigts.

C’est souvent une d’une part la volonté de la personne en situation de besoin, et aussi les propositions et accompagnement de l’équipe pluridisciplinaire qui peuvent faciliter un nouveau départ.

Une mission qui incombe aussi à CASA est la maraude, pour aller au devant des sans abris. Près de 100 personnes Sans Abri sont approchées par mois à Avignon.

Pour en revenir à l'Accueil de Nuit, le choix qui permet de savoir qui des près de 20 personnes présentes passera la nuit sur place, sur des lits picot ou pliant est délicat.

En effet, l’équipe essaye de jauger la situation de fragilité dans laquelle se trouvent les personnes qui voudraient pouvoir se reposer et tenter de dormir  au chaud.

Ce choix paraît souvent cruel et injuste au regard de ces personnes qui rencontrent tant de difficultés pour trouver un abri la nuit.

Un constat est fait, il manque beaucoup de place pour accueillir et prendre en charge les personnes sans domicile durant la nuit, même pendant la période hivernale.

Mais au delà ce constat navrant, l'accueil de Nuit existera t -il encore l'an prochain ?

Rien n'est moins sûr quand on sait que depuis sa création, ce dispositif a vu ses moyens (subventions de l'Etat) diminuer d'année en année. On est loin de la pérennisation du dispositif préconisé  par les responsables de CASA, car dans de telles conditions, insatisfaisantes pour l’équipe, le risque est que personne ne veuille prendre la responsabilité d'une telle gestion à la limite de l'acceptable !

En attendant, beaucoup dormirons encore dehors, cette nuit, et les nuits suivantes qu'il pleuve, qu'il vente…

 

Publié dans Soutien aux Sans-Abris

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article